Une semaine sur la piste des loups dans le massif des Monges

Une semaine sur la piste des loups dans le massif des Monges

Ma passion pour les Pyrénées ariégeoises en quête de l’ours vire au trouble obsessionnel , à sillonner les vallées de plus en plus reculées , scruter les pentes herbeuses , sans jamais franchir les limites de ce que j’ai fini par considérer comme mon territoire…jamais , excepté ce jour ou piquée par l’envie d’aller respirer d’autres espaces et surtout de découvrir un autre grand prédateur ,attirée par les séjours nature proposés dans le cadre de l’association Férus, je suis partie sur la piste du loup dans les Alpes de Haute Provence.
Lieu de rencontre : la Motte du Caire ,nom exotique et inconnu …là Marc Linares notre accompagnateur ,sa femme Ingrid, nous ouvrent les portes de leur maison d’hôtes ;nous y trouvons un accueil chaleureux, franc, sincère…authentique.
Nous serons six participants , ça me va car je suis devenue solitaire dans mes explorations ,par discrétion …Il régnera tout au long du séjour, dans notre petit groupe, bonne humeur ,humour et solidarité
Si la première journée est tranquille, les suivantes le seront nettement moins avec des horaires infernaux : lever 5h30, départ 6h30 (ce qui en soit est déjà tard , le jour étant levé depuis longtemps en cette période de l’année),retour à midi pour le repas préparé avec amour par Ingrid, petite sieste (si on y arrive),nouveau départ sur le terrain vers 16h pour un retour vers 23h … stage intensif !
Pour ce qui est du loup notre guide naturaliste connait parfaitement tous les passages , il est a sa recherche depuis des années et a eu l’occasion de le croiser plusieurs fois ,toujours au moment et à l’endroit ou il s’y attendait le moins ; nous apprenons a reconnaître ses empreintes , 10 cm sur 9 cm, piste rectiligne , la patte arrière vient se mettre dans la trace de la patte avant , distance au pas 110cm en moyenne. L’indice de présence le plus utile en cette saison sont les crottes , de taille similaire à celles d’un grand chien , se terminant par une courte pointe , avec un contenu caractéristique du régime alimentaire (présence de poils et de bris d’os).
Là nuit venue Marc s’adonne aux hurlements provoqués (HP pour les initiés) , dans un cône emprunté à la DDE locale, il hurle comme un loup à, quatre reprises ; bien sur le premier soir j’avoue avoir été un peu goguenarde en le voyant faire …mais , là , dans le silence de la nuit ,il nous a répondu…une fois , une seule , comme pour nous saluer , nous dire qu’il est bien là .Il est fascinant de l’imaginer , à quelques centaines de mètres de nous , l’entendre par une nuit de pleine lune provoque une émotion qui me ferait oublier l’ours…
Nous aurons bon hurler les soirs suivants , revenir au même endroit , rien n’y fera ; peut être se méfie -t-il , peut être est-il déjà loin ;son territoire est vaste.
Chaque journée sera riche d’observations grâce à l’œil exercé de Marc ; chamois avec leurs petits , chevreuils et chevrettes , mouflons également suités , marmottes ; nous nous attardons
à contempler un couple de renards qui mulotent dans un pré fraîchement fauché ; nous surprenons à la tombée de la nuit deux cerfs aux bois en velours qui donnent l’impression de glisser sur la clairière.
Sans oublier quelques belles rencontres ornithologiques : l’aire de l’aigle royal avec l’aiglon en duvet, le circaète Jean le Blanc, les milans noirs , les vautour fauves , le bruant Ortolan,le traquet motteux, la fauvette Orphée, la pie Grièche écorcheur, le chant du hibou Grand Duc et du tétras lyre.
Impossible de trouver le temps long durant les heures d’affût , une petite mésange noire qui a fait son nid dans un trou d’arbre nous a occupé un bon bout de temps !
Marc a de solides connaissances en botanique ce qui permet de réviser ses classiques en chemin ; nous croisons pas moins de 11 espèces d’orchidées ,de mémoire ;orchis bouc, orchis tacheté,orchis pyramidal,orchis de Provence, orchis moustique, orchis pourpre , ophrys mouche, ophrys bourdon, lyster ovata , plathantère bifolia.
Une overdose!par bonheur je ne suis pas photographe !
De belles rencontres aussi ,chez André et Ingrid éleveurs « raisonnés » qui vivent en bonne entente (et surtout intelligence ) avec le loup.Ils ont mis en place les moyens de protections pour leurs brebis dont les formidables Patous (des Pyrénéeeeeeees !) sans compter le renfort des bénévoles de l’équipe Pastoraloup durant les étés. La splendeur du lieu , la générosité de ce couple , les chiens doux et affectueux , sont une invitation à revenir leur donner un coup de main.
Me voici de retour dans les Pyrénées et suis déjà sur la piste du loup…sait-on jamais !

Juin 2017

Auteur de l article marc