Vision Asturienne

L’aire du charnier est comme figée depuis de longues minutes. Un aigle royal adulte a arrêté le bal de corvidés. Il trône au sommet de l’arbre qui jouxte l’enclos où le FAPAS est venue déposé, deux heures avant, des quartiers de viande. Il hésite, jauge la situation, patiente. Se doute-il que nous sommes en effet neuf observateurs, la respiration retenue, à quelques dizaines de mètres de lui, confinés volontaires dans l’observatoire ? Il plonge enfin vers le festin et, prestement, agrippe une belle portion de chair dans ses serres droites et file, « ailes au plancher ». Nous n’avons pas le temps de nous remettre de cette scène qu’une grêle de vautours fauves s’abat devant nos yeux. Bourrasques de bruits d’ailes, cohue, curée frénétique. Cinq minutes plus tard, l’attroupement grouillant se retire laissant l’herbe aussi verte qu’à notre arrivée.
Cette séquence très « ornitho » vient pratiquement conclure une fructueuse semaine sur la piste des grands prédateurs de la Cordillère cantabrique. Six jours de terrain pour découvrir les ours bruns des Asturies en six points différents de la vallée de Trubia. Femelles suitées, mâles solitaires, subadultes. Carton plein dans des paysages variés, élégants, parfois un rien japonisant! Des habitats où nous n’aurions pas spontanément soupçonnés une présence ursine. L’intime connaissance des lieux et de l’espèce de notre guide principal, Pierre Boutonnet, nous l’a révélée et procurer des joies naturalistes profondes et pérennes. La rencontre de la loutre, de la martre et, pour les plus chanceux, du chat forestier n’a fait qu’embellir ce bilan.
Un grand merci à Marc Linares, arpenteur habituel des Abruzzes et promoteur de ce voyage. Coup d’essai, coup de maître et dans lequel les dimensions historiques et culturelles n’ont pas été oubliées au travers de rencontres avec de jeunes asturiens acquis au développement durable de leurs montagnes. De quoi appuyer là où ça fait mal: pourquoi cela semble si difficle dans notre cher pays si fier de sa CPO 21 ?
Bref, une adresse à conseiller sans hésitation: Casa Forgueras à Villanueva. Pierre Boutonnet et sa compagne vous y attendent dans leur nid d’aigle.
Alain THOMAS / Membre de Fer

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